Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur les auteurs, les interprètes, il existe un site réellement remarquable par sa richesse :
http://www.chanson.udenap.org/




lundi 9 février 2009

Dranem - Le trou de mon quai (Version 1928)

Enregistrement de mars 1928

Présentation :
Je vais avoir le plaisir de vous chanter : « le trou de mon quai », petite chansonnette métropolitaine. Hahahah

Je demeure dans une maison tout près d’la Seine
Ou l’on fait depuis trois s’maines
Des fouilles et des travaux
Pour faire passer le métro
De ma fenêtre tout en fumant des pipes
Je regarde les équipes
Dont les heures sont occupés
A faire un trou dans mon quai
Et si vous voulez mon adresse
C’est pas difficile à trouver
Afin que chacun la connaisse
En deux mots j’vais vous renseigner

Y’a un quai dans ma rue
Y’a un trou dans mon quai
Vous pourrez donc contempler
Et le quai de ma rue
Et le trou de mon quai

L’autre jour j’rencontre un vieil ami d’province
J’lui dit tu tombe bien mon prince
De Paris je vais t’montrer
Toutes les curiosités
J’voudrais d’abord voir la galerie des machines
J’lui réponds tu t’imagines
Qu’à Paris y n’y a qu’celle là
J’en ai une plus chouette que ça
Accepte à dîner je t’en prie
Après sans trop nous fatiguer
Je te ferais voir une galerie
Qui certainement va t’épater

Y’a un quai dans ma rue
Y’a un trou dans mon quai
Tu pourras sans t’déranger
Voir le quai de ma rue
Et le trou de mon quai

Mais hélas ici-bas la joie n’est qu’un leurre
Et l’on m’a dit tout à l’heure
Que les travaux d’terrass’ment
Vont s’terminer prochainement
C’est pas drôle pour moi qu’en avait l’habitude
Et ça va m’paraître rude
Quand l’dernier coup d’pelle donné
Le trou d’mon quai s’ra bouché.
Adieu joie des rêv’rie nocturnes
Adieu journées d’activités
Comme autrefois seul dans ma turne
J’ n’aurai plus hélas qu’à chanter

Y’a un quai dans ma rue
Mais y’a plus d’trou dans mon quai
J’n’ai donc pour me consoler
Que la vue du quai de ma rue
Mais j’ai plus d’trou d’mon quai
Hahahahahaha. ! Ha, c’est malheureux tout d’même ! Hahahahahaha.

Dranem – Romance subjonctive

Enregistrement de 1906

(parlé)
[ ? ? ? ?] une folle maîtresse
très forte sur les subjonctifs
comme le sort voulu que nos amours se brisassent, il fallut que je composasse cette romance pour que mes larmes se séchiassent...se séchassent, Et que mes sanglots s’étoutoufiassent... s’étouffassent.
Avant que je commençasse, je désire que vous écoutarassiez cette romance qui est la plus triste de la celle que vous ouites

De mes caresses vous rougîtes
Puis ensuite vous les suivîtes
Pourquoi faut-il que d’notre passion
A présent nous ricanassions
Tout d’abord vous m’idolâtrasse
Puis avec un autre vous me trompâtes
J’aurais pas cru que vous le pussiez
Et qu’mon rival vous l’aimassiez

Amer, amer destin du cœur
Femme légère que vous fûtes
Vous fîtes hélas pour mon malheur
Toutes les peines que vous pûtes

Il fallait que j’vous écrivisse
Pour que chaque jour je vous vîtes
Pour que vous me soupirassiez
Les mots dont vous m’bassinassiez
Fallait que je m’agenouillasse
Sans que jamais je reculasse
Pour que nous nous adorassions
Et puis que nous nous plaquassions

Amer, amer destin du cœur
Dans l’amour que vous suscitâtes
Vous fîtes germer la douleur
Et ce jour là vous m’épatâtes

Vous n’m’aimiez plus fallait que j’eusse
Assez de force pour que je pute
Prendre mon cœur sans qu’vous le [? ? ?]
Pour pas que vous l’abîmassiez
Combien de cruautés vous eûtes
Que de noirs projets vous conçûtes
Pour que vous m’ensorcellarassiez
Et que vous me poignardassiez

Amer, amer destin hélas
Il fallut que j’vous oubliasse
Votre [? ? ? ? ] m’écervelasse
Pour que jamais je l’répétasse

Charlus – La leçon d’épinette

Enregistrement de 1904
Un classique, particulièrement bien interprété

Dans le village est venu,
Un artiste fort connu.
Grand joueur de clarinette
De piston et de musette,
Il apprend pour un écu,
Aux filles à jouer de l' épinette,
Il apprend pour un écu
Aux filles à jouer du…

Une vieille entend ce bruit,
Comme elle avait de l’esprit,
Elle s’avance la coquette,
Pour prendre part à la fête,
Monsieur voici mon écu
J’veux apprendre à jouer de l’épinette,
Monsieur voici mon écu
J’veux apprendre à jouer du…

Allons vieille allez-vous en,
Et reprenez votre argent
Car ce n’est pas à votre âge
Qu’on entre en apprentissage
Vous avez trop attendu
Pour apprendre à jouer de l’épinette,
Vous avez trop attendu
Pour apprendre à jouer du...

Or, la vieille en s’en allant
Murmurait en maugréant
Eh bien, vous m’la baillez belle*,
De me croire encore pucelle!
Il y a quarante ans et plus,
Que je sais jouer de l’épinette,
Il y a quarante ans et plus,
Que je sais jouer du…

Les filles de mon pays
Pour plaire à leurs bons amis,
Ont vendu leurs collerettes,
Leurs jupons, leur chemisette,
Afin d’avoir un écu
Pour apprendre à jouer de l’épinette
Afin d’avoir un écu
Pour apprendre à jouer du…


* « Baillez belle » = tes paroles ne me convainquent pas du tout. Du vieux verbe bailler = donner. A ne pas confondre avec bâiller (avec l’accent circonflexe) : ouvrir la bouche), ou Bayer (aux corneilles) : rêvasser.

Blon d’Hin – Elle est malade

Enregistrement de 1913
Un grand classique de la chanson idiote.

J’ai pour maîtresse Caroline
Une beauté aux cheveux blonds
Qui habite rue d’la Condamine
Un p’tit logement avec balcon
Mais elle a depuis l’autre semaine
La fièvre jaune elle a chipé
Je ne peux plus voir ma sirène
Il m’est interdit d’pénétrer
Car le médecin dit chaque matin

Caroline
Pan-pan, pan-pan
Elle est malade
Pan-pan, pan-pan
Elle est malade
Pan-pan, pan-pan
Du mal d’amour !
Pour la guérir
Pan-pan, pan-pan
Faut d’la salade
Pan-pan, pan-pan
Faut d’la salade
Deux fois par jour.
C’est pas vrai !
Si c’est vrai !
Elle aura du canard au navet.
Pan-pan, pan-pan

(Parlé)
Il y en a des pan-pan dans cette chanson, hein
Oh, oh, bon Dieu, va.

Le Pharmacien et la concierge,
En furent tous deux très étonnés
Car ils la prenaient pour une vierge
Alors maintenant dans tout l’quartier
Ils disent, la p’tite dame du sixième
Qu’avait un air si comme il faut
Qui mangeait des choux à la crème
Méfiez-vous en, mes p’tits agneaux
Car le médecin dit chaque matin

Caroline
Pan-pan, pan-pan
Elle est malade
Pan-pan, pan-pan
Elle est malade
Pan-pan, pan-pan
Du mal d’amour !
Pour la guérir
Pan-pan, pan-pan
Faut d’la salade
Pan-pan, pan-pan
Faut d’la salade
Deux fois par jour.
C’est pas vrai !
Si c’est vrai !
Elle aura du canard au navet.
Pan-pan, pan-pan

(Parlé)
Ah ! Elle est bath, cette chanson, hein, hé.
Y’a qu’à l’Idéal qu’on trouve des chansons comme ça

Bref, prie pour ma Colombine
Le bon Saint Antoine de Padoue
Pour qu’elle soit pas dans la débine
Car ça fait le bien, entre-nous
Il n’y a qu’une chose qui nous sépare
C’est qu’elle à ce que je n’ai pas
Et comme c’est une chose bien bizarre
Pour l’instant j’dois m’en tenir là
Car le médecin dit chaque matin

Caroline
Pan-pan, pan-pan
Elle est malade
Pan-pan, pan-pan
Elle est malade
Pan-pan, pan-pan
Du mal d’amour !
Pour la guérir
Pan-pan, pan-pan
Faut d’la salade
Pan-pan, pan-pan
Faut d’la salade
Deux fois par jour.
C’est pas vrai !
Si c’est vrai !
Elle aura du canard au navet.

Blon d’Hin – En Orient

Enregistrement de 1911


J’arrive, tout droit d’Orient
Et sans faire de boniment
Afin de vous charmer
Je vais vous raconter
La surprenante histoire
De Milord Barbe-en-poire
Ecoutez ce récit navrant et terrifiant
Et prenez garde en voyageant en Orient
En Orient !

Un Milord Anglais qui parcourait les pays chauds
Pays chauds !
Voulut courtiser les sultanes des moricauds
Moricauds !
Le sultan fort en colère
D’être cocufié d’pareille façon
Fit chauffer l’homme d’Angleterre
Pour lui couper la respiration
La respiration !
Tontaine et tonton
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

La drôle d’histoire
Que celle du sire de Barbe-en-poire
On l’emmena, sec !
Sans lui faire de salamalec.
Mais, cruauté sans pareille
On va carrément lui couper les deux oreilles
Et, plus jamais il ne pourra
Faire zimalaboum-alaboum assis ou là
Arbi garba
Fouya barba

La drôle d’histoire
Que celle du sire de Barbe-en-poire
On lui coupa sec !
Les deux oreilles sans faire de salamalec
Malec !

Ordre du sultan, l’homme d’Angleterre fut amputé
Amputé !
Et de son sérail, comme, gardien il fut nommé
Fut nommé !
Mais voyez l’étrange chose
(Qu’elles doivent chanter [?]) d’vant les houris
Il répond d’un ton morose
Je n’ai plus d’quoi (c’est pour le baby [?])
(C’est pour le baby [?])
Ma boite à outils
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

La drôle d’histoire
Que celle du sire de Barbe-en-poire
On l’emmena, sec !
Sans lui faire de salamalec.
Mais, cruauté sans pareille
On va carrément lui couper les deux oreilles
Et, plus jamais il ne pourra
Faire zimalaboum-alaboum assis ou là
Arbi garba
Fouya barba

La drôle d’histoire
Que celle du sire de Barbe-en-poire
On lui coupa sec !
Les deux oreilles sans faire de salamalec
Malec !

Berthe Sylva – Le bouc à Nanon

Enregistrement de 1937

La si tant vieille Nanon
Avait un bouc très prolifique
Et tous les fermiers du canton,
A ce bouc, amenaient leurs biques.

On payait cinq sous seulement
Pour ce nouveau droit de cuissage ;
Le fermier s'en allait content
Et la chèvre encore davantage.

Ah ! C'était un fameux luron,
Le bouc à la vieille Nanon.

Comme plus de vingt fois par jour,
Le bouc était mis à l'ouvrage,
Nanon, au bout d'un temps très court,
Eut deux cents écus en partage.
Le maire du pays, jaloux, se dit :
Si j'achetais la bête,
Moi, je ferais payer dix sous ;
Ma fortune serait bientôt faite.

Ah ! C'était un fameux luron,
Le bouc à la vieille Nanon.

Le marché fut vite conclu
Pour une somme rondelette.
Nanon empocha les écus
Et le maire emmena la bête.
Bellement, il vous l'installa
Dans un bureau de la mairie
Et sur la porte, l'on grava
Cette inscription "Ici, bureau des saillies"

Ah ! C'était un fameux luron,
Le bouc à la vieille Nanon.

Le lendemain, trente fermiers,
Au bouc, amenèrent leurs chèvres.
Mais le maire dut constater
Qu'il y a loin de la coupe aux lèvres.
Ce bouc, naguère, si fougueux,
Refusant ses faveurs de mâle,
S'en allait, le grand paresseux,
S'endormir dans un coin d' la salle.

Ah ! C'était un fameux luron,
Le bouc à la vieille Nanon.

Le maire s'en fut chez Nanon.
"Votre bouc ne veut plus rien faire"
Lui dit-il d'un air furibond,
"Expliquez-moi donc cette affaire"
Mais la vieille, sans sourciller,
Dit "Pas étonnant, monsieur le maire,
Qu'il ne veuille plus travailler.
Dame ! Vous en avez fait un fonctionnaire"

Ah ! C'était un fameux luron,
Le bouc à la vieille Nanon.

Arletty – La femme est faite pour l’homme

Enregistrement de 1934

Quand au paradis
Sous un pommier couvert de fruits
Adam vit la femme,
il fut bien surpris
Il fit stupéfait
«Ce p'tit joujou, pourquoi qu'c'est fait ?»
Et l'vilain serpent, mesdames
Lui dit l'œil en flamme :

La femme est faite pour l'homme
Comme le pommier pour la pomme
Comme l'oiseau est fait pour le roseau
Et le nid pour l'oiseau
Oui, pour l'homme la femme est faite
Comme l'eau pour la fleurette
Comme la perdrix pour le petit perdreau
Et la laine pour l'agneau

L'père Adam qui n'était pas en bois
Comprit cette loi
Car c'est vrai, c'qu'un jour au paradis
Le serpent a dit
La femme est faite pour l'homme
Comme le pommier pour la pomme
Comme le soleil est fait pour les beaux jours
Et le cœur pour l'amour

Sans femme vraiment
L'homme s'ennuierait terriblement
Pour lui quel martyr
Quel affreux tourment
Mais sans homme aussi
Avouez-le mesdames ici
Vous n'auriez pas le sourire
Car il faut bien le dire

La femme est faite pour l'homme
Comme le pommier pour la pomme
Comme le pépin est fait pour le raisin
Et le gant pour la main
Oui, pour l'homme la femme est faite
Comme le rond pour la serviette
Comme le disque est fait pour le phono
Et le doigt pour l'anneau

Comme la cage est faite pour l'écureuil
Le lorgnon pour l'œil
Comme la mer est faite pour le bateau
Le pneu pour l'auto
La femme est faite pour l'homme
Comme le pommier pour la pomme
Comme la baguette est faite pour le tambour
Et le cœur pour l'amour